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La mangrove de Casamance : ce qu'elle rapporte, ce qui la menace

Un quart de la mangrove sénégalaise a disparu depuis les années 1970, et 12 000 hectares ont repoussé depuis 2006. Ce que la mangrove de Casamance rend aux villages, ce qui la menace, et ce que les acteurs du territoire peuvent y faire.

Racines-échasses de palétuviers découvertes à marée basse le long d'un bolong de Casamance, lumière rasante du soir

Vue depuis une pirogue, la mangrove de Casamance ressemble à un décor : des palétuviers à perte de vue, des racines qui plongent dans l'eau, des oiseaux qui se lèvent au passage. Vue depuis un village, c'est autre chose. Un garde-manger, une digue, un lieu de travail. C'est cette seconde lecture qui intéresse ce journal, consacré au développement de la Casamance et à ceux qui le portent. La mangrove n'est pas seulement un paysage à préserver pour les visiteurs. Elle produit, elle protège, elle fait vivre des familles entières. Et elle recule.

Cet article fait le point en trois temps : ce que la mangrove rend au territoire, ce qui la menace, et ce qu'il est possible d'y faire, que vous soyez élu, chef d'entreprise, responsable associatif ou membre de la diaspora avec un projet en tête.

Un paysage qui travaille

Pour comprendre la mangrove casamançaise, il faut commencer par le bolong. Un bolong est un bras de mer bordé de mangrove, et c'est le réseau des bolongs qui dessine la Basse-Casamance : des chenaux qui se ramifient, se rejoignent, montent et descendent avec la marée. On y circule en pirogue, et la pirogue n'est pas une attraction. C'est un moyen de transport ordinaire, celui qui relie les villages, porte les marchandises et conduit les enfants à l'école quand la route n'existe pas.

Dans ce réseau, les palétuviers font plusieurs métiers à la fois.

  • Une nurserie. Les racines immergées abritent les alevins et les jeunes crustacés. Ce qui se pêche plus loin, dans le fleuve et en mer, a souvent grandi là.
  • Un gisement d'huîtres. Les huîtres de mangrove s'accrochent aux racines-échasses des palétuviers. Elles se récoltent à marée basse, et ce sont les femmes qui les récoltent. C'est un revenu, une activité organisée, un savoir-faire.
  • Une protection. Les racines retiennent la vase, freinent les vagues et ralentissent la remontée du sel vers les terres cultivées. Une rizière derrière une mangrove intacte n'est pas dans la même situation qu'une rizière exposée.
  • Du bois. Bois de feu, bois de construction, perches. Un usage légitime, qui devient une menace quand il dépasse ce que la forêt peut renouveler.
  • Un paysage. Les sorties en pirogue dans les bolongs comptent parmi les expériences que les visiteurs retiennent de la Casamance. Le tourisme en dépend plus qu'il ne le dit.

On parle aussi de « carbone bleu » pour désigner le carbone que ces forêts littorales stockent dans leurs sols. C'est un argument qui intéresse de plus en plus les financeurs. Nous ne lui donnons pas de tonnage ici, faute de chiffre vérifié pour la Casamance, mais il explique pourquoi des programmes internationaux s'intéressent à ces rivages.

Ce que la mangrove rendCe qui la menace
Poissons et crustacés : une nurserie pour la pêcheLes sécheresses, qui ont fait monter la salinité des bolongs
Huîtres de mangrove, récoltées par les femmesLa coupe du bois au-delà du renouvellement
Une barrière contre l'érosion et le selLes routes et digues qui ont coupé la circulation de l'eau
Bois de feu et de construction, à dose raisonnableLes remblais et constructions en bordure d'eau
Le paysage des sorties en pirogueL'indifférence : ce qui n'est pas compté n'est pas défendu

Ce que disent les chiffres

Le Sénégal compte environ 185 000 hectares de mangrove, répartis entre la Casamance et le Sine-Saloum. Selon une dépêche de l'AFP reprise par Jeune Afrique, près de 45 000 hectares ont disparu depuis les années 1970, soit environ un quart de la surface. Les causes citées sont connues : les grandes sécheresses, qui ont salinisé les eaux au point de tuer les palétuviers ; la coupe du bois ; et des routes et digues construites sans laisser passer l'eau, qui ont asphyxié des pans entiers de forêt en amont.

Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il ne relève ni du climat ni de la pauvreté. Il relève de choix d'aménagement. Une route qui barre un bolong sans ouvrage hydraulique suffisant rend service pendant dix ans et détruit une mangrove en vingt. Cette erreur a été commise, elle est documentée, et elle reste possible aujourd'hui pour chaque nouveau chantier.

La mangrove est aussi une pièce du problème côtier. D'après le FFEM et ENDA, environ 65 % du littoral sénégalais est touché par l'érosion. Là où les palétuviers tiennent, la vase tient. Là où ils ont disparu, la mer avance plus vite et le sel entre plus loin dans les terres.

Le reboisement a fait ses preuves, à une condition

La bonne nouvelle, c'est que la mangrove repousse quand on l'aide. Toujours selon les chiffres officiels cités par l'AFP, les campagnes de reboisement ont fait renaître environ 12 000 hectares de mangrove au Sénégal depuis 2006, pour l'essentiel en Casamance. Et l'on y a vu revenir les poissons, les oiseaux, les huîtres.

L'opération la plus connue est celle de l'ONG sénégalaise Océanium, qui a lancé en 2008 une campagne baptisée « cinq millions de palétuviers ». Le résultat a dépassé l'objectif : plus de six millions de propagules plantés, avec la participation d'environ 11 000 villageois, d'après l'AFP et le fonds Livelihoods qui a soutenu le programme. Aujourd'hui, Océanium travaille avec WeForest sur un nouvel objectif en Casamance : 2 245 hectares à replanter, à raison de 5 000 arbres par hectare. De son côté, Wetlands International vise la sauvegarde de 65 000 hectares de mangrove casamançaise.

La condition, c'est la participation. Ces chiffres ne sont pas ceux d'une entreprise de plantation. Ce sont des villages qui ont planté leur propre rivage, parce qu'on leur a expliqué ce qu'ils y gagnaient et parce que les premières huîtres revenues ont fait la démonstration. Une mangrove replantée sans les habitants est une mangrove que personne ne défendra quand il faudra du bois. Et planter ne suffit pas : il faut aussi rouvrir les passages d'eau que les aménagements ont fermés, sinon les jeunes plants meurent de la même asphyxie que les anciens.

Ce que cela change pour les acteurs du territoire

Ce journal s'adresse à ceux qui décident, investissent et organisent. Pour eux, la mangrove n'est pas un sujet d'ONG. C'est une contrainte et un atout dans leurs propres projets.

Pour les collectivités et les services de l'État

Chaque piste, chaque digue anti-sel, chaque lotissement en bord de bolong engage la mangrove d'aval et d'amont. La question n'est pas de renoncer aux aménagements, mais de les dessiner avec l'eau : des ouvrages de passage suffisants, des tracés qui évitent les zones de palétuviers, et une consultation des villages qui vivent de la récolte.

Pour les entreprises et les porteurs de projets

Un campement, une maison d'hôtes, un restaurant installé face à un bolong vend un paysage. Remblayer la berge pour gagner quelques mètres, c'est vendre un paysage en train de disparaître. Les professionnels du tourisme qui travaillent au contact de la mangrove ont un intérêt direct à sa santé, et plusieurs métiers du tourisme casamançais, piroguiers en tête, n'existent que par elle. La plateforme VisitCasamance, qui ouvre aux professionnels le 1er septembre 2026, donnera une vitrine à ces sorties en pirogue : autant que ce qu'elle montre reste debout.

Pour la diaspora

Beaucoup de Casamançais de l'extérieur cherchent un projet utile, visible et durable à soutenir dans leur village d'origine. Un reboisement de mangrove en est un. Il se voit, il se mesure en plants et en hectares, il mobilise les jeunes et les femmes du village, et ses effets reviennent dans les assiettes en quelques années. C'est aussi un projet qui se fait avec des partenaires déjà à l'œuvre sur le terrain, plutôt qu'à partir de zéro.

Et maintenant

L'association Ambassadeurs de Casamance, en cours de constitution, inscrit l'écodéveloppement parmi ses axes : des emplois durables, des écosystèmes préservés, un territoire qui valorise ce qu'il a sans le détruire. Le projet associatif prévoit des groupes de travail thématiques, ouverts aux membres, qui instruisent un sujet et le transforment en projet collectif. Le premier, consacré au développement touristique, a déjà produit deux réalisations. Un groupe de travail sur la mangrove n'existe pas encore. Il se constituera le jour où des membres le porteront : un élu, un hôtelier, une responsable de groupement de femmes, un financeur de la diaspora, réunis autour d'une même table.

Si ce sujet vous concerne, par votre fonction, votre activité ou votre attachement à un village, le réseau est fait pour cela. Nous avons détaillé qui peut adhérer et comment, et le formulaire est en ligne. La mangrove a repoussé là où des gens ont décidé de la replanter. Le reste du territoire fonctionne de la même manière.

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