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Rejoindre la dynamique

Le développement de la Casamance : les acteurs du territoire s'organisent

Institutions, professionnels, associations, diaspora : les forces existent, mais elles se parlent peu. Point d'entrée sur le territoire, ses acteurs et le réseau qui se construit pour les fédérer.

Vue aérienne des bolongs et de la mangrove de Casamance au coucher du soleil, une pirogue sur le chenal

La Casamance occupe une place à part dans la géographie sénégalaise. Trois régions administratives la composent : Ziguinchor, Sédhiou et Kolda. Un fleuve la traverse et lui donne son nom. La Gambie la sépare du nord du pays, ce qui a façonné une identité forte et une économie longtemps tournée vers elle-même. Pendant des décennies, on a surtout parlé de la Casamance à travers le conflit qui l'a marquée. Cette période se referme. Le territoire se reconstruit, et une question se pose désormais à tous ceux qui y vivent, y travaillent ou souhaitent y revenir : qui porte ce développement, et comment s'organise-t-il ?

Cet article sert de point d'entrée. Il dresse le paysage des acteurs en présence, présente le réseau qui se construit pour les fédérer et annonce les cinq chantiers que ce journal documentera, article après article, dans les mois qui viennent.

Un territoire qui se reconstruit

Commençons par ce que la Casamance est, au-delà des images. Les Diola forment le groupe majoritaire en Basse-Casamance, environ 4 % de la population totale du Sénégal selon Minority Rights Group, et le diola-fogny compte parmi les langues nationales du pays. L'agriculture, la pêche et le tourisme structurent l'économie locale, avec un poids réel à l'échelle nationale : le territoire représente environ 10 % de la capacité d'hébergement touristique du Sénégal, d'après le ministère du Tourisme et du Transport aérien.

Les écosystèmes constituent un capital en soi. La mangrove de Casamance fait l'objet d'un programme de sauvegarde mené par Wetlands International, qui vise 65 000 hectares depuis 2021. Le littoral subit la même pression que le reste de la côte : environ 65 % du littoral sénégalais est touché par l'érosion côtière, selon le FFEM et ENDA. Développer l'activité tout en préservant ce capital, voilà l'équation que le territoire doit résoudre, et elle n'a rien de théorique quand on vit de la pêche ou du tourisme balnéaire.

Reste l'héritage du conflit. Il a freiné l'investissement, isolé des zones entières et poussé une partie de la jeunesse au départ. Le mentionner suffit : la dynamique actuelle est celle d'une reconstruction, et c'est elle qui nous occupe ici.

Qui fait quoi : les acteurs du développement

Le développement d'un territoire ne repose jamais sur une seule catégorie d'acteurs. En Casamance, on peut en distinguer cinq, auxquelles s'ajoute une sixième que les schémas officiels oublient souvent.

Les institutions d'abord : services de l'État, collectivités territoriales, agences de développement. Elles portent les infrastructures et fixent les cadres. Les acteurs économiques ensuite : hôteliers, restaurateurs, transporteurs, commerçants, transformateurs agricoles. Ce sont eux qui créent l'emploi au quotidien. Les professionnels du tourisme, du campement familial au guide indépendant, occupent une place particulière puisque le tourisme est l'une des filières où la Casamance dispose d'un avantage comparatif réel. Les acteurs culturels, artistes, artisans et détenteurs de savoir-faire, font vivre une identité qui est aussi un facteur d'attractivité. Le tissu associatif, enfin, est souvent le premier présent sur le terrain, sur l'éducation comme sur l'environnement.

Et puis il y a la diaspora. Installée à Dakar, en Europe ou en Amérique du Nord, elle envoie des fonds, monte des projets, revient parfois s'installer. Elle connaît le territoire, elle dispose de compétences et de capitaux. Ce qui lui manque le plus souvent, ce sont des interlocuteurs fiables sur place.

Le constat qui a fait naître les Ambassadeurs de Casamance tient en une phrase : ces forces existent, mais elles se parlent peu. Chacune avance de son côté, les initiatives se croisent sans se voir, l'énergie se disperse.

Fédérer plutôt qu'ajouter : le pari des Ambassadeurs de Casamance

Les Ambassadeurs de Casamance sont une association en cours de constitution, dont le siège est prévu entre Ziguinchor et Cap Skirring. Sa vocation : fédérer les acteurs institutionnels, économiques, touristiques, culturels et associatifs pour porter des projets collectifs utiles à la Casamance. Sa devise résume l'esprit de la démarche : vivre ensemble, travailler ensemble, grandir ensemble.

Autant dire tout de suite ce que l'association ne fait pas. Elle ne vend rien, ne facture rien, n'encaisse rien. Elle ne gère pas de plateforme commerciale et ne distribue aucun avantage payant. Son rôle est celui d'un carrefour : mettre autour d'une même table des gens qui ne s'y croisent pas naturellement, et transformer ces rencontres en projets.

Ce modèle a fait ses preuves ailleurs. Il s'inspire directement des Ambassadeurs de Provence, un réseau né au printemps 2022 à l'initiative de la sous-préfecture d'Aix-en-Provence, qui comptait 545 membres fin 2025 et a reçu le Grand prix des lecteurs d'Acteurs Publics en 2024. Nous avons consacré un article complet à ce que la Casamance retient du réseau provençal : ses soirées plénières, ses entretiens thématiques mensuels, sa gouvernance paritaire entre public et privé. La leçon principale est ailleurs que dans les chiffres : un réseau territorial fonctionne quand il produit des rencontres utiles, pas quand il accumule les adhérents.

Le projet associatif prévoit quatre domaines d'action : l'ingénierie de l'attractivité et le branding territorial, la mise en relation entre porteurs de projets, diaspora et partenaires, l'écodéveloppement et l'autonomisation, et l'événementiel institutionnel. Le détail se construira avec les membres, dans les groupes de travail.

Les cinq chantiers que ce journal documente

Ce journal est un outil de travail. Son ambition : documenter le territoire sujet par sujet, pour que les acteurs et la diaspora disposent d'une information fiable au moment de décider. Cinq chantiers structurent cette exploration.

ChantierLa question poséeExemples de sujets à venir
Le réseauComment fonctionne un réseau d'ambassadeurs, et ce que le label engageLe label Ambassadeur de Casamance, les groupes de travail
InvestirCe qu'il faut savoir avant d'engager son argent sur le territoireInvestir depuis la diaspora, les filières porteuses, le foncier
EntreprendreCréer, se former et employer en CasamanceLes agri-preneurs, les métiers du tourisme, les groupements féminins
Développement durableDévelopper sans détruire ce qui fait la valeur du territoireLa mangrove, l'érosion côtière, la pêche
CultureFaire de l'identité casamançaise un moteur d'attractivitéL'organisation sociale diola, l'artisanat, la cuisine

Chaque chantier donnera lieu à une série d'articles. Certains sont en préparation, d'autres attendent que leurs faits soient vérifiés, car la règle éditoriale du journal est stricte : aucun chiffre ne se publie sans source. C'est plus lent. C'est aussi ce qui rend le travail utilisable.

Les premières réalisations

L'association se construit, mais elle n'a pas attendu d'être formellement constituée pour agir. Le premier groupe de travail existe, consacré au développement touristique. Deux réalisations en sont issues.

La première est le label « Ambassadeur de Casamance ». Gratuit, facultatif, motivé, valable douze mois, renouvelable et révocable, il distinguera les acteurs qui s'engagent pour le territoire. Aucun label n'a encore été décerné : la démarche se met en place, et ses critères feront l'objet d'un article dédié. Une précision compte dès maintenant : le label est indépendant de toute relation commerciale. Il ne s'achète pas, et il peut être décerné à un professionnel qui ne paie aucun abonnement à quelque service que ce soit.

La seconde est Full Moon Africa, un événement culturel et festif gratuit organisé les nuits de pleine lune à Cap Skirring. La première édition aura lieu le 24 novembre 2026, dress code blanc. L'événement ne vend rien : aucune billetterie, aucune réservation. Son rôle est de donner au territoire un rendez-vous qui lui ressemble et de faire parler de la destination autrement.

Une troisième pièce complète l'ensemble : VisitCasamance, la plateforme numérique des professionnels du tourisme de Casamance, actuellement en construction. L'association n'en est pas l'opérateur, et cette séparation est volontaire. L'association labellise, l'opérateur modère et exploite : chacun son rôle, et le label garde ainsi son indépendance.

Prendre part au mouvement

Un réseau territorial vaut par ses membres. Hôtelier à Cap Skirring, artisan à Ziguinchor, agent d'une collectivité, porteur de projet dans la diaspora : si la Casamance est votre territoire, le réseau se construit aussi avec vous. Nous avons décrit qui peut adhérer, comment, et pour quoi faire dans un article dédié.

La démarche tient en trois temps : une prise de contact, un échange sur ce que vous faites et ce que vous cherchez, puis l'entrée dans les groupes de travail qui correspondent à vos sujets. Le formulaire pour rejoindre l'association est en ligne, et l'équipe répond par courriel à contact@ambassadeurscasamance.org.

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