Des Ambassadeurs de Provence aux Ambassadeurs de Casamance : un modèle qui a fait ses preuves
545 membres, une charte d'éthique, un prix national : en trois ans, les Ambassadeurs de Provence ont montré qu'un réseau d'acteurs pouvait peser sur l'attractivité d'un territoire. La Casamance s'en inspire, sans le copier.

En février 2024, un réseau d'acteurs territoriaux né deux ans plus tôt dans une sous-préfecture française recevait le Grand prix des lecteurs d'Acteurs Publics. Ce réseau, ce sont les Ambassadeurs de Provence : 545 membres fin 2025, des rencontres organisées sans budget dédié, et des projets sortis de terre. C'est ce modèle, documenté et primé, que le réseau qui se constitue en Casamance a choisi d'adapter.
Ce qui suit s'appuie sur la note publiée par la sous-préfecture d'Aix-en-Provence en décembre 2025. Tous les chiffres cités en viennent.
Un réseau né d'une initiative de l'État
Le réseau des Ambassadeurs de Provence naît au printemps 2022, à l'initiative des services de l'État français, et plus précisément de la sous-préfecture d'Aix-en-Provence. L'objectif de départ : mieux coordonner les acteurs du territoire au service de son attractivité et de son développement à long terme.
Sa philosophie tient en trois verbes : « vivre ensemble, travailler ensemble et grandir ensemble ». La note de la sous-préfecture insiste sur un point qui pourrait passer inaperçu. Il ne s'agit pas d'une démarche de promotion touristique, mais d'un dispositif durable de renforcement de l'attractivité. La différence est réelle : un réseau d'ambassadeurs ne vend pas des séjours, il relie des acteurs qui, sans lui, ne se seraient jamais parlé.
Être ambassadeur, dans ce cadre, n'est pas un titre honorifique qu'on encadre au mur. C'est un engagement d'acteur établi : promouvoir son territoire au-delà de ses frontières, y relier d'autres acteurs, porter des projets collectifs que personne ne peut mener seul. Le titre se mérite et se pratique.
545 membres, et pas seulement le tourisme
Fin 2025, le réseau compte 545 membres. On y trouve de l'hôtellerie et de la gastronomie, ce qui n'étonne personne. On y trouve aussi la culture, la santé, l'enseignement supérieur et la défense.
Cette variété fait le modèle. Quand un réseau ne rassemble que des hôteliers, il produit un syndicat d'hôteliers, utile mais limité à son secteur. Quand il mélange un hôpital, une école et un festival, il produit des rencontres qui n'auraient eu aucune raison d'exister autrement. La note en donne un exemple précis : une start-up spécialisée dans l'ingénierie du sport et de la santé collabore désormais avec un centre hospitalier, chacun s'appuyant sur les compétences de l'autre. Personne n'avait planifié cette rencontre. Le réseau l'a rendue possible.
L'entrée, elle, ne se décrète pas : les candidatures des nouveaux membres passent devant un comité d'éthique.
Ce que le réseau produit, concrètement
Trois ans après sa création, le bilan tient en quelques réalisations vérifiables :
- Deux soirées plénières par an, environ 200 participants à chaque édition, préparées collectivement, sans budget dédié : l'organisation repose sur l'engagement des membres et les moyens de la sous-préfecture.
- Les « Entretiens de Provence », des rencontres mensuelles sur un thème précis. Celle de 2024, consacrée à la gestion de l'eau, a débouché sur une proposition d'alimenter les travaux du Parlement européen et de sa commission de l'environnement.
- Deux structures nées du réseau : l'association Provence Culture, et la communauté Provence Energies, qui regroupe des membres autour de la production et du partage d'énergie.
- Une charte d'éthique et d'engagement, signée le 10 juin 2025, avec un comité d'éthique chargé de valider les candidatures.
- Le Grand prix 2024 des lecteurs d'Acteurs Publics, remis en février 2024.
Aucune de ces réalisations ne demande des millions. Elles demandent de la constance, une méthode, et des membres qui viennent aux réunions.
Ce que la Casamance retient du modèle
Le projet casamançais n'est pas une copie. C'est une adaptation, et le tableau qui suit montre où passe la ligne.
| En Provence | En Casamance |
|---|---|
| « Vivre ensemble, travailler ensemble et grandir ensemble » | La même devise, reprise mot pour mot |
| Initiative portée par l'État, via la sous-préfecture | Initiative portée par des acteurs du territoire et de la diaspora |
| Groupes de travail thématiques : eau, énergies, culture | Des groupes de travail par projet ; le premier, consacré au développement touristique, est déjà actif |
| Un statut d'Ambassadeur, candidatures validées par un comité d'éthique | Un label « Ambassadeur de Casamance » : gratuit, motivé, valable 12 mois, renouvelable, révocable |
| Un conseil d'administration de 12 membres, à parité public-privé | Un équilibre public-privé prévu par le projet de statuts |
La méthode des groupes de travail est reprise telle quelle, parce qu'elle est le moteur du modèle. Un groupe de travail réunit des membres autour d'un sujet précis. Il imagine, propose, et porte ses projets jusqu'à leur réalisation. Quand le projet aboutit, le groupe passe au suivant.
Le label mérite un mot de plus, parce que c'est le point le plus sensible. En Casamance, il sera le seul jugement de valeur de tout l'écosystème, et l'association qui le décerne ne vend rien, ne facture rien, n'encaisse rien. La règle se résume en une phrase : l'association labellise, l'opérateur modère et exploite. Un label décerné par quelqu'un qui n'a rien à vous vendre garde sa valeur. Le jour où il s'achète, il ne vaut plus rien.
Ce qui change en Casamance
La différence la plus visible est institutionnelle. En Provence, l'État a lancé le réseau et l'accompagne. En Casamance, l'association est encore en cours de constitution, et ce sont les acteurs eux-mêmes qui la font naître. On peut y voir une fragilité. C'est aussi un test de vérité : un réseau qui se forme sans injonction administrative prouve d'emblée que ses membres y trouvent un intérêt.
Vous ne lirez d'ailleurs ici aucun chiffre de membres ou de projets casamançais. Il n'en existe pas encore de vérifiable, et un réseau qui commence par gonfler ses chiffres commence mal.
Ce qui existe déjà : un premier groupe de travail, consacré au développement touristique, dont sont sorties deux réalisations. Le label, dont les critères sont posés et qui n'a encore été décerné à personne. Et Full Moon Africa, un rendez-vous culturel et festif gratuit à Cap Skirring, dont la première édition est fixée au 24 novembre 2026.
Le terrain de jeu, lui, est plus vaste qu'on ne le croit souvent : la Casamance couvre trois régions administratives, Ziguinchor, Sédhiou et Kolda. Le projet associatif prévoit d'y travailler sur quatre chantiers. L'attractivité et la marque du territoire, pour que « Casamance » évoque ailleurs ce que ses habitants savent déjà. Les affaires et l'investissement, pour relier porteurs de projets locaux, diaspora et partenaires. L'écodéveloppement, parce que la valeur du territoire tient à des écosystèmes qui ne se remplacent pas. Et l'événementiel, dont Full Moon Africa est la première pierre.
La diaspora, enfin, occupe une place que le modèle provençal ne connaît pas sous cette forme. Une partie des Casamançais qui feront vivre ce réseau n'habite pas la Casamance, et c'est une force : peu de territoires disposent d'un relais aussi motivé à l'étranger.
Prendre part au réseau
Le modèle provençal a montré qu'un réseau d'acteurs, même sans budget propre, change ce qu'un territoire peut faire. La version casamançaise se construit maintenant, et c'est précisément le moment où une adhésion pèse le plus : les premiers membres ne rejoignent pas un réseau, ils le fondent.
Concrètement, manifester votre intérêt aujourd'hui, c'est être recontacté au moment de la constitution de l'association, et pouvoir rejoindre un groupe de travail dès qu'il s'ouvre. Institution, hôtelier, artisan, transporteur, membre de la diaspora : le formulaire prend deux minutes. Les travaux du réseau, eux, se suivront ici même, dans le journal.