Aller au contenu
Rejoindre la dynamique

Tourisme durable : la Casamance peut-elle éviter les erreurs des autres destinations ?

La Casamance n'a pas encore commis les erreurs que d'autres destinations regrettent. Littoral bétonné, saison subie, recettes qui partent ailleurs, eau et déchets ignorés : ce que le territoire peut faire autrement, acteur par acteur.

Chenal de mangrove en Casamance à la lumière rasante, racines de palétuviers au premier plan et pirogue au loin

Le tourisme durable est devenu un mot d'ordre que toutes les destinations reprennent, y compris celles qui ont déjà bétonné leur littoral. En Casamance, la question se pose autrement. Le territoire n'a pas encore commis les erreurs que d'autres regrettent, et il représente environ 10 % de la capacité d'hébergement touristique du Sénégal, selon le ministère du Tourisme et du Transport aérien. Il est donc assez grand pour compter, et encore assez peu aménagé pour choisir. Cet article s'inscrit dans le travail que mène ce journal sur le développement de la Casamance et la façon dont ses acteurs s'organisent. Il s'adresse à ceux qui décident : hébergeurs, élus, investisseurs, responsables d'institutions. La question n'est pas de savoir si la Casamance doit accueillir des visiteurs. Elle en accueille déjà. La question est de savoir à quelles conditions elle peut le faire sans perdre ce qui la rend désirable.

Ce que « durable » veut dire pour un territoire comme celui-ci

Le mot est usé, alors autant le définir simplement. Un tourisme est durable quand, dans vingt ans, le territoire qui l'accueille vaut au moins autant qu'aujourd'hui : ses paysages, ses ressources en eau, sa cohésion sociale, ses savoir-faire. Ce n'est pas une affaire de labels affichés à l'entrée des hôtels. C'est une affaire de décisions concrètes sur l'emplacement des constructions, la gestion de l'eau, le traitement des déchets, la répartition des revenus et le rythme de la saison.

En Casamance, ces décisions portent sur un milieu précis. Le territoire vit au rythme des bolongs, ces bras de mer bordés de mangrove dont le réseau structure tout le paysage de la Basse-Casamance. La mangrove n'est pas un décor : elle protège les rives, abrite les poissons et nourrit une économie. Les huîtres qui s'accrochent aux racines-échasses des palétuviers sont récoltées à marée basse par les femmes, et ce travail fait vivre des familles entières. Un projet touristique qui dégrade la mangrove ne détruit pas seulement une vue. Il retire un revenu à ceux qui étaient là avant lui.

Les erreurs que les autres destinations ont déjà faites

Il n'est pas nécessaire de nommer des destinations pour reconnaître les schémas. Ils se répètent partout où le tourisme balnéaire s'est développé vite et sans cadre, et ils sont devenus suffisamment connus pour servir de liste de contrôle.

Construire au bord de l'eau, puis regarder la mer reprendre la plage

La première erreur est la plus visible : bâtir sur le trait de côte. Les établissements gagnent quelques mètres de vue et perdent leur fondation en quelques années. Le Sénégal n'est pas épargné par ce risque : environ 65 % de son littoral est touché par l'érosion côtière, selon le FFEM et ENDA. Ce chiffre vaut comme avertissement. Une maison d'hôtes construite sur la dune ne se déplace pas une fois que la dune a cédé.

Subir la saison au lieu de la construire

La deuxième erreur est économique. Une destination qui ne vit que quelques mois par an forme des employés qu'elle licencie à l'intersaison, immobilise des capitaux qui ne travaillent pas, et pousse les professionnels à compenser sur les prix pendant la haute saison. Les métiers du tourisme casamançais connaissent déjà cette saisonnalité, comme le décrit notre article sur les métiers de la filière. La réponse n'est pas de nier la saison, mais de lui donner des raisons de s'allonger : des événements, des motifs de visite qui ne dépendent pas de la plage, une clientèle régionale et nationale en plus de la clientèle lointaine.

Laisser les recettes partir ailleurs

La troisième erreur est la plus silencieuse. Un hôtel peut être plein et ne presque rien laisser au territoire si la nourriture est importée, si les salaires qualifiés partent à l'extérieur, si les visiteurs ne sortent jamais de l'enceinte. Le chiffre qui compte n'est pas le nombre de nuitées, mais la part de chaque nuitée qui reste dans les mains locales. En Casamance, le poisson, le riz, les légumes et les fruits sont produits sur place. Les faire entrer dans les cuisines des établissements est une décision de gestion, pas une contrainte.

Traiter l'eau et les déchets comme le problème de quelqu'un d'autre

La quatrième erreur ferme la liste : une destination qui consomme plus d'eau que sa nappe ne le permet et qui ne sait pas où vont ses déchets finit par le payer, en qualité de vie pour les habitants, puis en réputation auprès des visiteurs. Ces sujets n'ont rien de spectaculaire, et c'est précisément pour cela qu'ils sont négligés jusqu'au jour où ils deviennent visibles.

Ce que la Casamance peut faire autrement

Reconnaître les erreurs des autres ne suffit pas. Il faut dire ce que le territoire peut faire à la place, acteur par acteur. Le tableau ci-dessous résume les alternatives qui sont à la portée des décideurs d'aujourd'hui.

Erreur classiqueCe que la Casamance peut faire autrement
Construire sur le trait de côteImplanter les hébergements en retrait, conserver la végétation de la dune, refuser les projets qui exigent de remblayer la mangrove.
Subir une saison courteCréer des motifs de visite hors plage : culture, fleuve, événements réguliers, clientèle régionale et diaspora.
Importer ce que le territoire produitContractualiser avec les producteurs, pêcheurs et transformateurs locaux ; mettre les produits du territoire sur la carte.
Ignorer l'eau et les déchetsMesurer la consommation, traiter sur place ce qui peut l'être, mutualiser les solutions entre établissements voisins.
Laisser chacun décider seulSe réunir en groupes de travail pour fixer des règles communes avant que l'aménagement ne les impose.

Sur la mangrove, la Casamance a une avance que peu de territoires peuvent revendiquer. Le Sénégal compte environ 185 000 hectares de mangrove, en Casamance et dans le Sine-Saloum, et près d'un quart a disparu depuis les années 1970, selon une dépêche AFP. Mais la même dépêche rappelle que les campagnes de reboisement ont fait renaître environ 12 000 hectares depuis 2006, pour l'essentiel en Casamance. Wetlands International vise de son côté la sauvegarde de 65 000 hectares de mangrove dans la région. Ce travail de restauration existe, il est documenté, et il donne aux professionnels du tourisme un argument que d'autres destinations n'ont plus : ici, le milieu se répare au lieu de se dégrader. Encore faut-il que les projets d'hébergement n'annulent pas ce que les villages replantent.

Le rôle d'un réseau d'acteurs dans cette équation

Un territoire ne devient pas durable par la somme de bonnes volontés individuelles. Un hébergeur qui renonce seul à construire sur la plage voit son voisin le faire à sa place. Un restaurateur qui achète local paie plus cher que celui qui importe, tant que personne ne valorise cette différence auprès des visiteurs. Le tourisme durable est un problème de coordination, et la coordination suppose un lieu où les acteurs se parlent avant de décider.

C'est ce que le projet associatif des Ambassadeurs de Casamance prévoit. L'association, encore en cours de constitution, entend réunir les acteurs institutionnels, économiques, touristiques, culturels et associatifs dans des groupes de travail qui instruisent un sujet et le transforment en projet collectif. Le premier, consacré au développement touristique, a déjà produit deux réalisations : le label et l'événement Full Moon Africa. Le modèle existe ailleurs, dans un contexte différent, et l'exemple des Ambassadeurs de Provence montre ce qu'un réseau de ce type peut produire quand il tient dans la durée.

Le label « Ambassadeur de Casamance » s'inscrit dans cette logique. Il est gratuit, facultatif, valable douze mois, renouvelable et révocable. Il ne s'achète pas et n'est lié à aucun abonnement. Aucun établissement ne l'a encore reçu. Son intérêt, pour le sujet qui nous occupe, est de donner une reconnaissance visible à ceux qui font les choix que le tableau ci-dessus décrit, et de la retirer à ceux qui cessent de les faire. Un label qui ne peut pas être retiré ne vaut rien. Celui-ci le peut.

Ce qui se joue dans les mois qui viennent

La Casamance n'a pas l'éternité devant elle. Les projets d'aménagement se décident maintenant, et chaque construction engage le territoire pour des décennies. Deux rendez-vous concrets structurent les prochains mois. Le premier est l'ouverture de VisitCasamance, la plateforme numérique des professionnels du tourisme de Casamance, aux inscriptions de tous les professionnels le 1er septembre 2026. Une fiche bien renseignée, qui dit ce qu'un établissement fait de ses déchets, d'où vient ce qu'il sert et comment il s'est implanté, devient un argument commercial auprès de visiteurs qui posent de plus en plus ces questions : visitcasamance.com.

Le second rendez-vous est plus ancien et plus simple : se mettre autour d'une table. Les groupes de travail de l'association sont ouverts aux hébergeurs, restaurateurs, guides, producteurs, élus et responsables d'institutions qui veulent fixer ensemble les règles avant que le marché ne les fixe à leur place. Si vous portez un projet en Casamance, ou si vous y décidez déjà, votre place est dans cette discussion. Le formulaire pour rejoindre le réseau est en ligne. Les erreurs des autres destinations ont une vertu : elles sont connues. Il reste à ne pas les refaire.

Tous les articles
Une question ?